Risque incendie dans les EHPAD : le maillon faible, c'est l'organisation

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Dans les EHPAD, le risque incendie n'est pas qu'une affaire de plans d'évacuation plastifiés. C'est surtout une question d'organisation réelle, de réflexes du personnel soignant et de cohérence entre formation, matériel et terrain. Quand l'alarme sonne à 3h du matin, la vérité éclate, brutale.

Un contexte 2026 très loin du confort théorique

Depuis l'incendie meurtrier de l'EHPAD de Haguenau en 2024 et plusieurs départs de feu médiatisés en 2025, les autorités rappellent avec insistance que la sécurité incendie en établissements de soins n'est plus négociable. Les EHPAD sont dans le viseur des commissions de sécurité, des assureurs, des familles... et c'est logique.

Sur le papier, tout a l'air maîtrisé : registre de sécurité rempli, exercices "réalisés", quelques agents formés SSIAP, consignes d'évacuation affichées. Sur le terrain, en Île‑de‑France comme en régions, on voit autre chose : personnels en sous‑effectif, équipes de nuit épuisées, procédures inapplicables, confusion totale entre évacuation, confinement et transfert horizontal.

Ce fossé entre conformité affichée et pratiques réelles, c'est lui qui tue.

La vraie difficulté : évacuer des personnes qui ne peuvent pas courir

Les guides classiques d'évacuation incendie ont été pensés pour des bureaux : adultes valides, mobiles, capables de descendre un escalier. En EHPAD (ERP type J), tout est inversé : dépendance, désorientation, matériel médical encombrant, portes codées, oxygène, nuit, familles paniquées...

Des scénarios d'incendie rarement pris au sérieux

Beaucoup de directions continuent de raisonner comme si l'incendie était un événement exceptionnel presque abstrait. Résultat : on cale un exercice une fois par an "pour la forme", en plein après‑midi, avec du personnel prévenu à l'avance, des résidents peu déplacés, et un rapport rangé dans un classeur.

C'est confortable. Et totalement inutile.

Un exercice utile en EHPAD devrait au minimum :

  • Simuler un départ de feu de nuit ou tôt le matin
  • Intégrer l'absence ou l'indisponibilité d'un membre clé de l'équipe
  • Obliger à choisir entre évacuation et confinement réel selon le secteur
  • Tester la transmission d'informations entre soignants, cadre de santé, direction
  • Produire un débrief sans langue de bois, avec plan d'action derrière

C'est exactement le type de scénarisation que nous mettons en place dans les formations Sécurité incendie dans les EHPAD - personnel soignant et personnel administratif, où chaque métier assume enfin son rôle.

Le personnel soignant, premier rempart... et première victime

Ce sont les soignants qui seront en première ligne : aide‑soignants, infirmiers, agents de service. Pas le bureau "Qualité", pas la direction. Or leurs contraintes quotidiennes (toilettes, repas, soins, transmissions) laissent peu de place à la projection mentale sur une évacuation réelle.

Une formation théorique de deux heures devant un PowerPoint ne changera rien. Il faut :

  • Des mises en situation dans les vrais couloirs, avec les vrais lits
  • Des exercices de transfert horizontal par secteur, sans exiger l'impossible
  • Un travail spécifique sur la communication avec des résidents anxieux ou désorientés
  • Une coordination fine avec les procédures SSIAP, quand il y en a

Les modules e‑learning comme Sécurité incendie dans les établissements de soins - personnel soignant peuvent jouer un rôle utile, mais uniquement s'ils s'inscrivent dans un dispositif où la pratique de terrain reste centrale.

Le piège de la conformité minimaliste

Beaucoup de directions d'EHPAD en France se satisfont encore du minimum : un exercice annuel, quelques registres à jour, un dossier propre pour l'ARS et les assureurs. Cette culture du "faut que ça passe en commission" est profondément dangereuse.

Quand l'assureur n'est plus un simple spectateur

Depuis 2025, les assureurs regardent de très près la traçabilité réelle des formations incendie et des exercices d'évacuation. Un incendie grave avec décès de résidents entraîne immédiatement une relecture des procédures, des attestations de formation, du plan de prévention.

Le coût d'une non‑maîtrise du risque incendie en EHPAD ne se limite pas à la franchise :

  • Hausse brutale des primes, ou refus d'assurer certains bâtiments
  • Responsabilité pénale de la direction et des encadrants
  • Impact médiatique et réputationnel dévastateur
  • Perte de confiance durable des familles

Les recommandations techniques de la INRS sur le risque incendie sont claires : la prévention doit être intégrée dans la vie quotidienne de l'établissement, pas cantonnée aux audits.

Le faux confort du tout‑procédure

On voit de plus en plus de procédures incendie magnifiques sur le papier, alignées sur les textes, mais inapplicables. Exemple classique : demander à un binôme de nuit de gérer seul l'alarme, la vérification de zone, l'appel aux secours, la mise en sécurité de deux secteurs et la communication avec les familles potentielles. C'est du roman, pas de la prévention.

Le Code du travail et la réglementation ERP posent un cadre. À l'intérieur, la seule question honnête est : "Avec l'équipe et l'architecture réelles de mon EHPAD, qu'est‑ce qui est faisable, rapidement, sans héroïsme ?" Tout le reste est du théâtre administratif.

Réorganiser la chaîne de décision en cas d'incendie

Le risque incendie en EHPAD n'est correctement géré que si la chaîne de décision est claire, assumée, entraînée. Là encore, on est loin du compte dans beaucoup d'établissements.

Qui décide quoi, et en combien de temps ?

Une organisation réaliste doit répondre précisément à quelques questions simples :

  1. Qui entend l'alarme en premier et que fait‑il dans les 30 secondes ?
  2. Qui a le pouvoir de déclencher l'évacuation d'un secteur ?
  3. Qui reste au téléphone avec les pompiers pendant que les autres agissent ?
  4. Qui gère les résidents non valides, qui gère les valides, qui gère les familles ?
  5. Qui accueille les secours à l'arrivée et avec quels documents ?

Dans les formations type SSIAP 1, 2 ou 3, c'est toute la logique : clarifier les rôles, répartir les tâches, scénariser les situations imparfaites (ascenseur hors service, issue condamnée, résident introuvable...).

Le rôle oublié du personnel administratif

Le personnel administratif, souvent relégué aux "papiers", est pourtant stratégique : accueil des secours, gestion des familles, remontée d'informations, accès aux registres et plans. Or il est très peu formé, parfois jamais intégré aux exercices.

Les modules dédiés comme Sécurité incendie - personnel administratif existent précisément pour combler ce trou béant. Ne pas les utiliser, c'est s'offrir une dose gratuite de chaos le jour J.

Cas d'usage : un EHPAD francilien qui a pris le sujet à bras‑le‑corps

Un EHPAD de la petite couronne parisienne, bâtiment ancien, circulations compliquées, 80 résidents dont plus de la moitié en GIR 1‑2. L'établissement avait connu un départ de feu limité dans une lingerie, bien géré "à la chance". La direction a compris qu'elle jouait avec les allumettes.

Le travail a été mené en quatre temps :

1. Cartographie honnête des points faibles

Avec l'équipe encadrante, nous avons passé au crible :

  • Les horaires réels de présence des équipes (et pas le planning idéal)
  • Les zones impossibles à évacuer rapidement
  • Les résidents très dépendants, oxygène, fauteuils lourds
  • Les chemins d'évacuation encombrés par du mobilier "pratique"

Verdict : certains scénarios pensés comme une évacuation complète étaient physiquement impossibles. Il a fallu accepter le mot tabou : confinement sectorisé.

2. Réécriture radicale des consignes

Les consignes ont été simplifiées, raccourcies, "parlantes". Moins de jargon, plus de concret :

  • Scénarios par heure (nuit/jour/soir)
  • Actions numérotées pour chaque fonction (AS, IDE, cadre, accueil)
  • Illustrations des itinéraires et zones de repli

Le tout intégré dans le plan de formation, avec un lien direct vers les modules Les Essentiels Prévention : Évacuation Incendie et Incendie : évacuation pour renforcer la culture commune.

3. Exercices d'évacuation exigeants mais réalistes

Deux exercices par an ont été programmés, mais pas des simulacres :

  • Un exercice annoncé (formation, appropriation)
  • Un exercice surprise, avec scénario de nuit simulé en journée

Chaque exercice donne lieu à un rapport détaillé, avec axes de progrès. Loin du "tout va bien, merci". Les erreurs ne sont plus cachées mais travaillées, ce qui est la seule attitude adulte quand on parle de sauver des personnes âgées.

4. Alignement avec les formations obligatoires

Enfin, la direction a arrêté de traiter les formations incendie comme une obligation fastidieuse. Elle a construit un parcours intégré :

  • Formations EPI/évacuation adaptées au secteur médico‑social (Équipier d'Évacuation / Incendie)
  • Montée en compétence SSIAP pour certains référents sécurité
  • Utilisation régulière de micro‑modules e‑learning pour les nouveaux arrivants

Résultat : lors de la dernière visite de la commission de sécurité, les retours ont été clairs. Mais l'essentiel n'est pas là : les équipes se disent, pour une fois, "prêtes à peu près", ce qui est déjà énorme.

3 leviers concrets pour les directions d'EHPAD dès ce trimestre

Si vous ne deviez faire que trois choses avant l'été prochain, ce serait celles‑ci :

1. Arrêter les exercices d'évacuation décoratifs

Planifiez deux exercices réalistes, dont un "dur". Fixez‑vous comme objectif non pas de "rassurer la commission", mais de faire émerger les failles. Et engagez‑vous noir sur blanc à corriger au moins trois points après chaque exercice.

2. Structurer un vrai plan de formation incendie

Élaborez un mini‑plan de formation pluriannuel :

  • Socle commun e‑learning pour tout le monde (bases incendie, évacuation)
  • Modules ciblés soignants / administratifs / maintenance
  • Formations en présentiel orientées terrain sur mesure, en conditions réelles

Appuyez‑vous sur le catalogue e‑learning Risque Incendie et sur les formations présentiel Risque Incendie adaptées aux ERP de type J.

3. Clarifier la gouvernance sécurité incendie

Identifiez une personne réellement responsable de la sécurité incendie (direction, adjoint, ingénieur sécurité) et donnez‑lui :

  • Un mandat clair
  • Des moyens (temps, budget formation)
  • Un accès direct à la direction pour les arbitrages

Sans gouvernance claire, vous n'avez qu'un patchwork de bonnes volontés épuisées.

Ne pas attendre l'incendie de trop

On aime, en France, se réveiller après coup, écrire des rapports post‑tragédie, promettre qu'"on ne savait pas". En EHPAD, ce discours ne tient plus. Les textes existent, les solutions existent, les formations existent. Ce qui manque, cruellement, c'est le courage d'abandonner les demi‑mesures.

Si vous dirigez un établissement médico‑social, la question n'est plus de savoir si vous avez "fait vos exercices". La vraie question est : êtes‑vous prêt à regarder en face ce qui ne tiendra pas plus de cinq minutes en cas de feu ?

Et si la réponse vous gêne, c'est précisément le bon moment pour structurer un plan d'action, vous appuyer sur des parcours ciblés en e‑learning et sur des formations incendie en présentiel Formations en présentiel. Parce qu'en matière d'incendie en EHPAD, la complaisance n'est pas une option, c'est un risque mortel.

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